Pour dénoncer la crise du logement, des militants associatifs accrochent une banderole devant un immeuble d’Airbnb, à Biarritz, le 21  septembre. Pour dénoncer la crise du logement, des militants associatifs accrochent une banderole devant un immeuble d’Airbnb, à Biarritz, le 21  septembre.

Chronique. Avant, les choses étaient un peu plus compliquées. il fallait se placer sur le bord de la route le pouce en l’air pour trouver un chauffeur complaisant, se plonger des heures dans la lecture des annonces pour loger chez l’habitant, ou déposer une annonce chez la boulangère pour offrir ses services. Le résultat était souvent aléatoire. Et puis Internet a industrialisé l’économie de la débrouille. Avec Airbnb, Blablacar, Uber ou Leboncoin, la mise en relation entre particuliers est devenue aussi simple que de glisser son pouce sur l’écran d’un smartphone. On peut trouver un trajet pour Bordeaux en cinq minutes, une chambre à Venise en quelques clics.

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Au passage, on a également industrialisé le partage de l’objet, celui que l’on possède, comme son appartement, ou celui qui est mis en commun, comme une voiture ou un vélo. On a appelé cela l’« économie du partage » ou « collaborative », degré ultime de l’optimisation d’un usage ou d’un service. L’entreprise américaine WeWork a même popularisé le partage des bureaux pour les entreprises, d’autres celui du temps de machine industrielle. Un nouveau mode de consommation est né.

Résultat, une bonne partie de ces modèles économiques ne fonctionnent pas, même s’ils connaissent un grand succès

Les choses se sont gâtées quand les plates-formes Internet, sous pression de leurs investisseurs, se sont mis en tête de gagner de l’argent. Airbnb a commencé à former ses clients loueurs d’appartement et Uber ses chauffeurs de taxi, transformant ces derniers en professionnels. Du revenu d’appoint ou du plaisir du partage, c’est devenu une affaire de spécialistes qui achètent des immeubles entiers pour les louer en Airbnb. Et tous ont pensé que les codes de l’économie informelle, beaucoup de liberté et peu de règles, pouvaient se décliner à une échelle industrielle. Comme les voisins excédés par le bruit des valises à roulette dans les immeubles Airbnb, les villes y voient désormais une menace pour leur politique du logement, les Etats un détournement de leurs règles sociales, et les homologues « régulés », comme les hôtels ou les taxis, une concurrence déloyale.

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Résultat, une bonne partie de ces modèles économiques ne fonctionnent pas, même s’ils connaissent un grand succès. Celui d’Uber et des autres plates-formes très gourmandes en main-d’œuvre n’a pas fait la preuve de sa solidité. Airbnb a trouvé le sien mais doit gérer la révolte des métropoles et donc réduire ses ambitions. Paradoxalement, les recettes les plus robustes sont les plus simples. Leboncoin, emblème de l’économie de la débrouille est rentable depuis des années (du moins en France), et Wikipedia, l’encyclopédie collaborative, affiche des finances très saines grâce à ses appels au don et ses bénévoles. L’économie du partage n’a pas fini son apprentissage de l’économie tout court.

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Airbnb, Uber… : « L’économie du partage n’a pas fini son apprentissage de l’économie » – Le Monde
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