C’est l’été. Martine se fait une joie à l’idée d’accueillir son fils, sa belle-fille et ses trois petits-enfants de 10, 8 et 6 ans dans une superbe maison d’architecte avec piscine. Le bonheur ! Peu aventurière, elle réserve sur Abritel, l’un des leaders de la location vacances. Dans la foulée de son virement de 5 600 € pour quinze jours, elle reçoit un mail de confirmation avec le logo habituel. “C’était un petit peu moins cher que d’habitude et il n’y avait pas d’avis de voyageurs, alors j’ai prudemment interrogé la propriétaire”, souligne Martine, 68 ans.

On lui répond sans faute d’orthographe, avec des arguments valables : la propriétaire loue pour la première fois, elle n’a pas examiné le marché à la loupe. Tant mieux pour Martine ! Mais deux jours plus tard, sa sœur vient assombrir son humeur : “Tu es sûre que ce n’est pas un escroc ? Le design des sites est souvent détourné… “ “Je l’ai carrément envoyée paître, parce que c’est agaçant quand, dans sa tête, c’est comme si on y était déjà”, regrette Martine.

Les photos de rêve avaient été volées sur un site de location anglais

Deux jours plus tard, son fils l’alerte à son tour. Encore une fois, Martine le rassure. Elle a correspondu avec la propriétaire, une certaine Catherine Moulin, “en direct” par mail, comme le recommandait un message d’avertissement sur le site Abritel. Sauf que, renseignement pris sur Google, il n’existe pas de Catherine Moulin ! Martine recherche alors les photos de la maison de rêve promise. Et elle les trouve. Bonne nouvelle ? Pas vraiment.

Car la maison existe, mais son vrai propriétaire soupire parce qu’il connaît la musique. Les photos ont été volées sur le site de location anglais où il les a postées. Il n’a jamais loué sur Abritel ! Martine tombe des nues, mais pas Johanna Chicheportiche, qui a monté le collectif Assistance fraudes et escroqueries (“VictimesD” sur Twitter, et “Victimesarnaques”sur Facebook) sur Internet pour aider les victimes à être entendues et indemnisées, et que Martine contacte.

“Parfois, les vacanciers ne découvrent l’arnaque qu’une fois leurs valises devant la porte !”

“J’étais la soixantième victime, enrage-t-elle, et pas la dernière, mais je dois dire que j’étais tellement échaudée que je me suis même méfiée du collectif en vérifiant sa légitimité !” Leur but est de mener une action de groupe en rassemblant les victimes pour agir en justice. A ce jour, 108 victimes ont confié leur dossier à Maître Jonathan Bellaïche, avocat expert en la matière, puisqu’il a déjà fait condamner Heetch, Uber et Airbnb ! Il souligne le préjudice humain qui double le préjudice financier. “Parfois, les vacanciers ne découvrent l’arnaque qu’une fois leurs valises devant la porte !”

Adieu les vacances, le combat judiciaire commence. “Le site argumente qu’il est juste hébergeur d’annonces et qu’il n’est pas tenu d’échanger en direct avec le propriétaire. Mais un hébergeur est en revanche tenu de retirer les contenus illicites lorsqu’il en a connaissance. Or, cela n’a pas été le cas. Une plate-forme est aussi tenue de contrôler la sécurité technologique de son site pour empêcher les escrocs de le détourner si facilement à leur profit, en dupant les clients”, précise Maître Bellaïche.

Tous les sites et tous les types de biens sont concernés !

Martine découvre également que la coopération est tout aussi défaillante du côté des banques, en raison du principe “versé, encaissé”, sans recherche active du détenteur du compte ! Elle a donc enquêté de son côté. “Dans mon cas, les escrocs opéraient depuis la Corée, m’a-t-on dit, mais on trace les mêmes arnaques en Roumanie, en Seine-Saint-Denis et aux Etats-Unis. Dans tous les cas, on ne remonte pas jusqu’aux coupables, malgré une plainte au commissariat.” Le vacancier malheureux est donc bon pour “oublier” ses pertes et louer une autre maison, une vraie, quand il n’a pas déjà vidé son compte en banque.

Martine a dû le faire l’an dernier en urgence “par Airbnb, mais avec anxiété. Alors cette année, je suis passée par une agence avec des murs, liée à des propriétaires connus en chair et en os !, prévient-elle, et elle a pu se rendre à Saint-Jean-de-Luz en toute sérénité. Mais, précise encore Martine, tous les sites et tous les types de biens sont concernés. Il n’y a pas de petits profits ! Une bonne raison pour être très vigilant lors de la réservation, afin de ne pas rejoindre la grande famille des escroqués. Car le parcours judiciaire est plus long encore que la route des vacances !

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TEMOIGNAGE. “Victime d’une arnaque à la location de vacances, j’ai versé 5 600 euros à des escrocs” – Closer France

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