Le Beau-Rivage Palace, à Lausanne, le 15 octobre 2016. Le Beau-Rivage Palace, à Lausanne, le 15 octobre 2016.

La cabine de l’ascenseur ornée de boiseries ouvre ses portes. Nos pieds foulent une mosaïque en marbre et s’aventurent sur la moquette épaisse qui tapisse les couloirs dans les étages. On se dirige vers la « Junior Suite », on frappe, on s’annonce : « Housekeeping ! » (« ménage ! »). Une fois entrés dans le luxueux écrin de 75 mètres carrés, on n’ose pas contempler la vue ouverte sur le lac Léman : en 25 minutes chrono, nous devons vérifier que tout est en ordre. « Il faut traquer 60 dysfonctionnements », prévient Virginie Brose Herbinet, enseignante à l’EHL Hospitality Business School.

C’est à travers un casque de réalité virtuelle que ses étudiants découvrent le Beau-Rivage Palace, hôtel mythique des bords du lac Léman. A l’image de ce 5-étoiles bâti en 1861 et récemment rénové, la plus ancienne école hôtelière du monde revisite sa pédagogie. Oculus vissé sur la tête, une étudiante se glisse dans la peau d’une gouvernante chargée de l’inspection d’une chambre de l’emblématique établissement suisse. Quatre camarades suivent sa progression sur un moniteur et lui donnent des conseils. « Tu vois ton reflet dans le miroir ? Non, car tu es invisible. La discrétion fait partie de ton travail », indique le jeu virtuel créé par l’école.

Des brochures aux lunettes immersives

« Nous sensibilisons les futurs managers au manque de reconnaissance dont souffre le personnel chargé de l’entretien. C’est d’autant plus important alors que l’hôtellerie peine à recruter du personnel », explique la responsable du cours « virtual housekeeping ». En même temps, les étudiants se familiarisent avec une technologie en plein essor dans l’industrie touristique. A terme, les lunettes immersives pourraient bien remplacer les brochures, poursuit Mme Brose Herbinet : « Avant de réserver, le client se baladera dans l’hôtel grâce à la réalité virtuelle. Même les compagnies aériennes s’y mettent : Emirates permet aux passagers de découvrir l’A380 en réalité augmentée. »

Implantée sur les rives du lac Léman depuis 1893, l’EHL a accompagné la naissance, à la Belle Epoque, des palaces érigés pour accueillir l’aristocratie européenne qui fuyait la chaleur des capitales en été. Aujourd’hui, alors que la pandémie bouscule notre façon de voyager et de consommer, ses élèves dessinent déjà les contours du tourisme de demain.

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Etudiante « ambassadrice », Laura Cosneau se charge de la visite de l’établissement avec un enthousiasme débordant : « L’école est gérée comme un hôtel. Les élèves s’occupent de tout, du ménage à l’accueil en passant par le service de notre restaurant pédagogique gastronomique. » Tailleur noir et manucure impeccable, la jeune Française de 23 ans se conforme parfaitement au dress code de l’établissement, en vigueur de 7 à 19 heures pour les 3 697 étudiants de 125 nationalités. Le cuir, le denim, le daim, la mousseline, le velours côtelé sont interdits : on privilégie les costumes 2 ou 3 pièces de type professionnel. « On finit par y prendre goût. Et ce n’est pas archaïque ! Depuis septembre dernier, les codes vestimentaires ne sont officiellement plus binaires. Les hommes peuvent porter des jupes ! Et la cravate n’est plus obligatoire », précise l’étudiante.

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Réalité virtuelle, tourisme durable, dress code non binaire… L’école hôtelière de Lausanne fait sa mue – Le Monde

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